Sviatoslav Richter
Sviatoslav Richter : biographie
Richter est un pianiste russe né en 1915 en Ukraine. Son père, professeur de piano dans la capitale Odessa lui donne ses premiers cours. Mais c'est essentiellement en autodidacte qu'il apprend la musique par les encouragements de sa mère, son père délaissant en effet un petit garçon plutôt sauvage et solitaire. Grâce à sa mémoire exceptionnelle, et son travail acharné sur l'instrument, il sera remarqué alors qu'il travaille comme pianiste accompagnateur pour intégrer le Conservatoire National de Moscou avec Heinrich Neuhaus. Il y suit une scolarité en zigzags, ne s'attachant qu'aux matières qui l'intéresse, entre renvois et premiers prix. Grâce à Heinrich Neuhaus, considéré alors comme un des plus grands pianistes de l'époque, il apprend la technique et les doigtés qui lui permettront d'adapter son jeu déjà impressionnant. Il fait son premier concert à Moscou en 1940 avec la sonate numéro six de Prokofiev. Celui-ci, conquit, restera en contact avec le musicien qu'il fera dédicataire de son concerto numéro cinq. Le sérieux et la profondeur de ses interprétations liés à sa personnalité très forte et très indépendante le rende célèbre partout en Union soviétique. Son répertoire est vaste et comprend des oeuvres de Bach à Rachmaninov. En 1945 il obtient le premier prix au concours de piano d'URSS et en 1949 le prix Staline.
Malgré sa forte notoriété même au-delà du rideau de fer, il sera le dernier grand artiste russe à se rendra à l'ouest en 1960 à l'âge de 46 ans (n'ayant pas lui même eu hâte de partir). Le monde découvre alors un pianiste exceptionnel, et ses concerts finlandais et américains au Carnagie hall sont de grands triomphes. Anecdote amusante, un journaliste lui proposa de s'exiler aux États-Unis disant qu'il trouverait de nombreux appuis, Sviatoslav Richter lui répondit la même chose pour l'URSS. Il évite par la suite ce pays, n'appréciant pas particulièrement la mentalité de ses habitants. Il enchaine alors les tournées en Europe, en Asie et en France, pays qu'il affectionne particulièrement où il fonde en 1964 le festival de la grange de Meslay en Touraine : il s'y produira chaque année. N'appréciant ni la communication, ni les journalistes, il construit sa carrière occidentale à sa façon. Il joue sans exception avec tous les plus grands orchestres du monde, dans toutes les salles les plus prestigieuses, avec les plus grands chefs, les plus grands artistes (Karajan, Rostropovich...) ainsi que les compositeurs Serge Prokofiev et Chostakovitch avec lesquels il travaille directement. Il enregistrera également sur tous les grands labels. Dans les années 80, il choisit une forme de récital inédite : une lumière unique sur la partition pendant que la salle est plongée dans l'obscurité. Il expliquera ce nouveau type de concert par le fait que même avec une mémoire aussi prodigieuse que la sienne, un interprète n'est pas capable de retenir les centaines de ponctuations d'une oeuvre, et que le public a besoin d'obscurité pour se concentrer sur la musique. Cela ajoutera au mystère Richter. En 1986, il fait une tournée en Sibérie dans des villages reculés et met fin à sa carrière en 1995, un peu à la Horowitz. Il mourut deux ans plus tard après avoir participé à son autobiographie audiovisuelle.
Sviatoslav Richter : l'artiste
Sviatoslav Richter est considéré par beaucoup comme le plus grand pianiste du XXe siècle. Il est en tout cas celui dont la personnalité aura marqué le plus le monde de la musique. D'un naturel bourru, solitaire et indépendant, il avait le don comme le disait Glenn Gould de court-circuiter la mécanique du piano, pour emmener l'auditeur directement au coeur de l'oeuvre dans ce qu'elle a de plus profond. Ses enregistrements de Prokofiev restent des références.
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